Le vide et le plein : exposition à Lugano des œuvres des Niçois Yves Klein et Arman. Interview de Rotraut Klein et du directeur des archives Klein à Paris

Di Virginia D'Umas
22 Sep 2024

La Collection Giancarlo et Danna Olgiati à Lugano inaugure la saison automnale 2024 avec l’exposition Yves Klein et Arman. Le Vide et Le Plein, curée par Bruno Corà avec une scénographie de Mario Botta. L’exposition, qui se tient du 22 septembre 2024 au 12 janvier 2025, explore le concept de Vide (Klein) et Plein (Arman) à travers 60 œuvres, mettant en parallèle deux artistes du mouvement du Nouveau Réalisme. Klein, influencé par la philosophie zen, explore l’immatérialité à travers des monochromes, des anthropométries et l’utilisation du feu. Arman, quant à lui, célèbre l’abondance des objets industriels avec des accumulations de déchets et de matériaux.

Nous avons eu l’occasion d’interviewer la veuve de Klein, Rotraut. Elle-même artiste, née en Allemagne, a rencontré Yves en 1957. L’artiste fait également référence à l’exposition de l’École de Nice que Ben organisa au Centre Pompidou en 1977 intitulée À propos de Nice. Rotraut est arrivée à Nice comme jeune fille au pair, chargée de s’occuper des enfants d’Arman Fernandez, le futur Arman également exposé à Lugano.

À la fin de l’été 1957, Rotraut s’installe chez Yves Klein rue Campagne-Première, dans le quartier Montparnasse à Paris. Tout en travaillant sur ses propres œuvres, Rotraut Uecker aide Yves Klein avec ses créations. Elle expose pour la première fois à la galerie New Vision à Londres en 1959. Ses œuvres sont également présentes au Festival d’Avant-Garde, organisé par Jacques Poliéri à Paris en 1960.

L’interview

Interview en version originale française :

Dans l’interview exclusive de Radio Nizza, en plus de la veuve de Klein, le directeur des archives Klein à Paris, François Roulin, a également été interviewé. Il en a profité pour remercier le MAMAC (Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain) et Christian Estrosi, maire de Nice, pour l’attention portée à ce musée, épicentre de l’art moderne européen, qui détient aujourd’hui la plus grande collection d’œuvres de Yves Klein. L’interview est réalisée par Laura Pomari.

Radio Nizza : Une question sur la ville de Nice, où vous avez vécu et que vous connaissez très bien, et qui possède aujourd’hui un musée dédié à l’art et à de nombreuses œuvres de Yves Klein. Pouvez-vous nous parler un peu de la ville de Nice ?

Rotraut Klein : Oui, avant Les Nouveaux Réalistes, ils s’appelaient École de Nice. Ben faisait aussi partie de l’École de Nice. J’ai rencontré Ben très tôt, avec Arman, et Ben a été celui qui m’a soutenue dans mon travail. J’ai un peu honte de parler de moi à Nice, parce que je devrais d’abord parler de Yves, mais puisque vous me demandez mes impressions et ce que j’ai vécu, j’étais très passionnée par ce que je faisais, par ce que je voulais présenter, et Ben m’avait demandé de réaliser son tapis dans la bibliothèque. C’était il y a très longtemps, en 1957.

Il y avait aussi une librairie et j’ai pu exposer un tableau là-bas. Ensuite, Ben m’a intégrée à l’École de Nice pour exposer au Musée Pompidou à Paris. Je le remercierai toute ma vie pour ce geste, parce que je l’ai trouvé vraiment très beau. Pour cette amitié et aussi pour le fait de vouloir m’aider dans mon travail, ce qui n’est pas toujours évident. Mais Yves m’a aussi beaucoup soutenue, et cela m’a toujours émue. Et comme Ben vient de mourir, je voulais transmettre ce message.

Klein au MAMAC de Nice

Radio Nizza : Une question pour François Roulin, directeur des archives Klein à Paris : Y a-t-il autre chose que vous souhaiteriez dire à propos de la ville de Nice, où sont conservées de nombreuses œuvres de Klein ?

François Roulin : Il est vrai que dans la ville de Nice, le MAMAC, inauguré en 2000, est aujourd’hui l’un des musées avec le plus grand nombre d’œuvres de Yves Klein. Aujourd’hui, bien sûr, la famille soutient le MAMAC avec des prêts à long terme. Nous sommes très satisfaits du travail réalisé par Hélène Guénin, qui est directrice du MAMAC depuis 2016, je crois, succédant à monsieur Perlin, qui avait fait un travail fantastique, Gilbert Perlin, que vous connaissez bien Rotraut. Nous sommes ravis de collaborer avec le MAMAC et avec la ville de Nice, avec Christian Estrosi, dans ce travail formidable. Et nous sommes heureux des travaux qui seront réalisés aujourd’hui, qui donneront une nouvelle vie au musée. Nous sommes heureux que ce musée puisse rester au centre de Nice. Nous estimons qu’il est important qu’il reste au centre de Nice. Nous remercions donc la ville de Nice pour tout cela et sommes heureux de travailler avec eux.